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11 août : ce que votre grand-père ne vous a peut-être jamais raconté sur l’indépendance du Tchad

Minuit, 11 août 1960 : un drapeau monte dans la nuit de Fort-Lamy. 66 ans plus tard, entre tempêtes, fiertés et promesses en attente, voici l'histoire que ce 11 août raconte vraiment.

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Minuit, 11 août 1960. Un drapeau bleu, jaune, rouge monte pour la première fois dans la nuit de Fort-Lamy. 66 ans plus tard, jour pour jour, que reste-t-il de cette promesse ? Des guerres qu’on aurait préférées éviter, des victoires qu’on n’attendait pas, un pétrole qui a coulé de travers, et un peuple qui, chute après chute, s’est toujours relevé. Asseyez-vous, on vous raconte. Vous n’allez pas voir ces 66 ans comme avant.

Commençons par un secret que le monde entier ignore. Le pays qui fête aujourd’hui ses 66 ans est, en réalité, l’une des plus vieilles adresses de l’humanité. C’est dans notre désert du Djourab qu’on a déterré en 2001 le crâne de Toumaï, environ sept millions d’années au compteur, l’un des tout premiers ancêtres connus de la lignée humaine. Retenez bien ça : quand l’humanité a fait ses premiers pas, c’était peut-être sur le sable tchadien. Alors 66 ans d’indépendance ? Un clin d’œil, à l’échelle du doyen. Mais quel clin d’œil.

Retour à cette nuit du 11 août 1960. Fort-Lamy, qui ne s’appelle pas encore N’Djamena, retient son souffle. La France plie bagage, François Tombalbaye prend les rênes d’un territoire immense, grand comme deux fois et demie l’ancienne métropole, où cohabitent plus d’une centaine de langues. Sur le papier, tout est possible. Dans la réalité, tout reste à faire : des routes, des écoles, une nation à coudre ensemble, fil par fil, du Sahara aux savanes du Sud.

L’herbe a souffert

Le proverbe dit : « quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre ». L’herbe tchadienne, elle, connaît le proverbe par cœur.

1965 : la révolte de Mangalmé met le feu aux poudres. 1975 : le premier président tombe sous les balles. 1979, 1980 : N’Djamena elle-même devient un champ de bataille, et des familles entières prennent la route de l’exil avec, pour tout bagage, l’espoir de revenir. Puis les années Habré, 1982 à 1990, dont la mémoire s’est écrite jusqu’au tribunal de Dakar : sa condamnation en 2016 pour crimes contre l’humanité, arrachée par le courage inouï de victimes tchadiennes qui ont refusé de se taire pendant 25 ans, a prouvé une chose au monde entier. L’impunité n’est pas une fatalité.

Et puisqu’il faut aussi raconter les fiertés : 1987, la « guerre des Toyota ». Des soldats tchadiens sur de simples pick-up qui repoussent une armée surarmée. L’épisode s’enseigne encore dans les académies militaires du monde. En 1994, la Cour internationale de justice rend la bande d’Aozou au Tchad. Le territoire, au moins, est enfin entier.

Le pétrole qui a coulé de travers

1990 ouvre l’ère Déby : trente ans de stabilité relative, de multipartisme proclamé, de rébellions repoussées parfois jusqu’aux portes de la capitale. Et en 2003, l’événement que tout le monde attendait : le Tchad devient exportateur de pétrole. L’or noir allait tout changer, disait-on.

Il a changé des choses. Pas assez de vies. Le pays reste dans les profondeurs des classements de développement humain, et chaque Tchadien connaît ce paradoxe qui ferait rire s’il ne faisait pas pleurer : un sous-sol parmi les plus riches, des poches parmi les plus vides. Sous l’arbre à palabres, on résume ça d’une phrase : le pétrole a bien coulé, mais rarement dans la bonne direction.

Avril 2021 : Idriss Déby Itno meurt au front, face à une colonne rebelle. Son fils Mahamat Idriss Déby Itno conduit une transition qui aura ses pages noires, et il faut les nommer : la répression du 20 octobre 2022 a endeuillé des familles qui n’oublient pas, et qu’un pays digne ne doit pas oublier non plus. Référendum constitutionnel fin 2023, présidentielle en mai 2024, législatives en décembre : la Cinquième République est née. Ses institutions sont jeunes. Ses promesses attendent.

Un symbole encore, et pas des moindres : début 2025, les derniers soldats français ont quitté le sol tchadien, après 65 ans de présence ininterrompue et la fin de l’accord de défense décidée par N’Djamena. Qu’on applaudisse ou qu’on s’interroge, le message est le même : le Tchad de 2026 veut tenir lui-même son stylo.

66 ans, l’âge de la retraite ? Pas ici.

Ailleurs, à 66 ans, on liquide sa pension. Le Tchad, lui, n’a pas ce luxe : il doit encore construire son avenir. Et soyons honnêtes sur la taille du chantier. À l’est, la guerre du Soudan a jeté des centaines de milliers de réfugiés vers nos provinces, et l’un des pays les plus pauvres du monde est devenu l’une des terres d’accueil les plus généreuses de la planète : cette hospitalité nous honore, mais elle pèse lourd. Autour du lac, Boko Haram endeuille encore pêcheurs et villageois. Ajoutez la vie chère, le chômage des jeunes, les coupures d’électricité, les inondations qui reviennent comme une mauvaise habitude.

Et pourtant. Regardez l’autre colonne du tableau, celle qu’on ne montre jamais assez. Plus d’un Tchadien sur deux a moins de 20 ans : pendant que d’autres nations vieillissent, la nôtre déborde d’énergie à canaliser. Une diaspora active de Paris à Montréal en passant par Douala, qui envoie ses économies et ses idées. Un cinéma tchadien primé jusqu’à Cannes, des musiques urbaines qui font danser N’Djamena, un Festival Dary qui prouve chaque année que la diversité peut être une fête et non une fracture. Et surtout cette statistique qu’aucun classement ne mesure : 66 ans, des dizaines de tempêtes, zéro naufrage définitif. Ce pays a un talent que personne ne lui conteste : se relever.

Une seule main ne peut pas attacher un fagot

Alors que faire de ce 11 août ? Le célébrer, oui. Le questionner, aussi. L’indépendance de 1960 a libéré le territoire. Celle qui reste à conquérir libérera le potentiel : des écoles qui forment vraiment, des hôpitaux qui soignent vraiment, une justice qui protège vraiment, une économie qui emploie vraiment. Et un vivre-ensemble qui désarme les vieilles rancunes, du nord au sud et de l’est à l’ouest.

La sagesse du continent l’a dit avant tous les discours officiels : « une seule main ne peut pas attacher un fagot ». Ni un seul homme, ni un seul parti, ni une seule communauté, ni une seule génération. Ce fagot-là se noue à des millions de mains : celles du commerçant du grand marché, de l’étudiante de Toukra, de l’éleveur du Kanem, du médecin d’Abéché, de l’exilé qui rêve du retour.

En ce 11 août 2026, KeydeyPost, jeune média né pour raconter le Tchad et le Sahel sans fard et sans peur, souhaite une bonne fête de l’indépendance à toutes les Tchadiennes et à tous les Tchadiens, d’ici et d’ailleurs. Le drapeau a 66 ans. L’espérance, elle, n’a pas d’âge.

La Rédaction

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